diff --git a/xml/Flandres17_imp_mg1680.xml b/xml/Flandres17_imp_mg1680.xml index e0807461..0eaa19fe 100644 --- a/xml/Flandres17_imp_mg1680.xml +++ b/xml/Flandres17_imp_mg1680.xml @@ -231,7 +231,7 @@

De Neufchastel, on vint coucher à Bologne ; & comme le Roy n’avoit en veuë dans tout ce Voyage que de - travailler au bien de l’Etat, il n’y fut pas si-tost arrivé, + travailler au bien de l’Etat, il n’y fut pas si-tost arrivé, que sans se donner aucun repos, il en visita les Fortifications, & y employa le reste du soir.

@@ -264,13 +264,13 @@ cens toises à dire. L’air & les eaux y sont admirables. Le Roy se rendit en suite au Port de Wissan. On croit que ce soit le lieu d’où Jules César passa dans la Jules César passa dans la Grand’ Bretagne, & qu’il nomme Iccius Portus dans ses Commentaires. On y voit encor - de vieux vestiges, qu’on appelle Camp de César. De ce Port, - il n’y a que cinq lieuës de trajet pour passer en Camp de César. De ce Port, il + n’y a que cinq lieuës de trajet pour passer en Angleterre. Apres que Sa Majesté en eut consideré la situation pendant quelque temps, celle d’Ambleteuse luy parut beaucoup plus commode pour ses @@ -384,55 +384,54 @@ effets de sa libéralité. Ce n’est pas d’aujourd’huy que ceux de Calais se meslent de manier les armes. Leurs Peres s’en sont servis avec gloire pour la défence de leur Patrie. Témoin Eustache de S. - Pierre & ses Compatriotes, dont Philippes - de Valois récompensa la valeur. Ils en avoient donné d’éclatantes preuves - contre Edoüard Roy d’Angleterre, qui vint assieger leur - Ville en 1346. Jean de Vienne Maréchal de - France, & le Témoin Eustache de S. + Pierre & ses Compatriotes, dont Philippes de Valois récompensa la valeur. Ils en avoient donné + d’éclatantes preuves contre Edoüard Roy d’Angleterre, + qui vint assieger leur Ville en 1346. Jean de + Vienne Maréchal de France, & le Seigneur d’Andreghan, Personnage des plus fameux de son temps, y commandoient, secondez d’une forte Garnison Françoise, & de l’inébranlable fermeté des Habitans. Ces fidelles & zelez Sujets se défendirent avec tant de vigueur & de courage, & ce Siege qui dura un an, coûta tant de milliers - d’Hommes aux Ennemis, qu’Edoüard jura qu’il ne seroit + d’Hommes aux Ennemis, qu’Edoüard jura qu’il ne seroit jamais maistre de Calais, qu’il ne fist regorger la Ville de sang. Cette Place fut enfin forcée de se rendre à discrétion apres une cruelle famine, sur la fin d’Aoust de l’année - 1347. & ce Roy pour expier son Serment, + 1347. & ce Roy pour expier son Serment, voulut qu’on luy livrast six des principaux Citoyens. Leur résolution est remarquable. Ils s’estoient tous assemblez à la Maison commune, où cet ordre ayant esté apporté, un d’entr’eux prit aussitost la parole, & dit sans la moindre marque d’étónement, Qu’ayant tant de fois exposé sa vie pour son Païs, - il tenoit à gloire de ne point survivre à son mal-heur, - & offroit sa teste au triomphe d’Edoüard. - En mesme temps ils crierent tous qu’ils vouloient mourir, & il y eut dispute - parmy ce grand nombre à qui auroit l’avantage d’estre choisy pour Victime. On en - nomma six, on les lia, & on les conduisoit au Suplice, quand la Reyne, Féme d’Edoüard, - les voulut voir, & se les fit amener ainsi garrotez. Ce triste spéctacle luy tira - des larmes, & la compassion qu’elle eut de leur infortune luy fit demander leur - grace au - Roy avec de si instantes prieres, qu’il ne la put + il tenoit à gloire de ne point survivre à son mal-heur, & offroit + sa teste au triomphe d’Edoüard. En mesme temps + ils crierent tous qu’ils vouloient mourir, & il y eut dispute parmy ce grand + nombre à qui auroit l’avantage d’estre choisy pour Victime. On en nomma six, on les + lia, & on les conduisoit au Suplice, quand la Reyne, Féme d’Edoüard, les voulut voir, + & se les fit amener ainsi garrotez. Ce triste spéctacle luy tira des larmes, + & la compassion qu’elle eut de leur infortune luy fit demander leur grace au + Roy avec de si instantes prieres, qu’il ne la put refuser. Il accorda toute entiere, en leur permettant de demeurer à Calais, dans l’assurance que ceux qui s’estoient montrez si fidelles pour leur Patrie, ne trahiroient pas leur Libérateur. Ils se retierent la - plûpart en France, où Philippes de Valois ordonna que toutes les Chartes qui vaqueroient leur - seroient distribuées selon leur mérite. Edoüard envoya - en leur place une Colonie d’Anglois, & laissa Calais herédi- France, où Philippes de Valois ordonna que toutes les + Chartes qui vaqueroient leur seroient distribuées selon leur mérite. Edoüard envoya en leur place une Colonie d’Anglois, & + laissa Calais herédi- taire à ses Successeurs, qui l’ont possedé deux cens dix ans, c’est à dire jusqu’au mois de Janvier de l’année 1558. qu’il fut repris par la sage - conduite du Duc de Guise sous le Regne de Henry II. On peut encor voir la fidelité & le courage de + conduite du Duc de Guise sous le Regne de Henry II. On peut encor voir la fidelité & le courage de ceux de Calais, par la vigoureuse & opiniâtre - resistance qu’ils firét en 1596. sous 1596. sous Henry IV. Le Cardinal d’Austriche qui les assiegoit, ayant pris la Ville d’assaut, tous les Habitans se retirerent dans la Avant que la Cour partist de Calais, Mr le Marquis de DangeauDe Courcillon s’embarqua pour aller - complimenter le Roy d’Angleterre, suivant les + complimenter le Roy d’Angleterre, suivant les ordres qu’il avoit reçeus de Sa Majesté quelques jours auparavant. Ces deux Souverains se rendent ordinairement une semblable civilité, quand le Roy vient de ce costé là sur @@ -528,8 +527,8 @@ découvroit que ailleurs par tout, soit que l’on haussast les yeux sur les cordes qui en estoient pleines, soit qu’on les baissast sur le pavé. Ce jour & les deux suivans, furent comme autant de jours d’une Feste - solemnelle. On chanta le Te Deum, apres quoy on - commença les réjoüissances. Elles furent continuées dans toute la Te Deum, apres + quoy on commença les réjoüissances. Elles furent continuées dans toute la Ville par des lumieres qu’on mit aux fenêtres, par des feux qu’on al-luma, par @@ -673,7 +672,7 @@

Mr le Comte d’Oxford, Chevalier de l’Ordre de la Jartiere, & Mr le Colonel Churchill, Envoyez Extraordinaires du Churchill, Envoyez Extraordinaires du Roy d’Angleterre, & de Mr le Duc d’Yorckd'angleterre, pour complimenter le Sa Majesté ne les y laissa pas longtemps. Son zele pour les avantages - de l’Eglise, & son amitié pour ce Peuple, l’engagerent + de l’Eglise, & son amitié pour ce Peuple, l’engagerent presque aussitost à offrir jusqu’à cinq mil-lions pour racheter cette Place, & par là elle fut remise en @@ -718,20 +717,20 @@ est rendu le maistre tout de nouveau, en ouvrant les Trésors de son Epargne. Cette Ville, celebre aujourd’huy par son Commerce, par l’abord des Etrangers, & par la valeur & le trafic de ses - Habitans, fut bastie par le Comte + Habitans, fut bastie par le Comte Baudoüin vers le temps de Charlemagne. Le Marquis Charlemagne. Le Marquis de Spinola luy a fait ouvrir la Mer par une espece de Digue, qui s’étendant fort avant dans l’eau, défend les Vaisseaux contre les injures de l’air, & contre les attaques des Ennemis. Les François y ont fait achever une Citadelle que les Anglois avoient commencée. Tout le monde sçait qu’elle a esté prise deux fois sur les Espagnols. La premiere fut en 1646. par Monsieur le + when="1646">1646. par Monsieur le Prince, qui estoit alors Duc d’Enguyen ; la seconde en 1658. par feu Mr le + when="1658">1658. par feu Mr le Maréchal de TurenneDe la Tour ; & parce que les Anglois qui l’avoient assiegée par mer, nous aiderent à la prendre avec quelques autres Places, elle demeura sous leur puissance @@ -792,7 +791,7 @@

Le mesme jour, le Roy monta sur le Vaisseau que je vous ay dit avoir esté amené de Brest. Il se nomme - l’Entreprenant, & est commandé par + l’Entreprenant, & est commandé par Mr le Chevalier de Lhery. La construction en est tres-belle. Di-verses @@ -811,7 +810,7 @@ mange. Elle est toute remplie de Rateliers d’Armes, garnis de Mousquets, Mousquetons, Fusils, Pistolets, Haches & Sabres, tout cela en tres-grand nombre. Il y en a une troisiéme encor au dessous. Elle est appellée - la Sainte Barbe, & sert comme de Sainte Barbe, & sert comme de Magazin aux Canonniers pour y enfermer tout ce qui appartient au Canon. On n’y trouve rien qui ne soit @@ -842,7 +841,7 @@ s’appuyer. Le Vaisseau est monté de cinquante-six Pieces de Canon, aupres de chacun desquels estoient d’un costé son Refouloir, Tireboure & Escouvillon, & de l’autre, le - Porte-gargousse & le Boutefeu. Voicy ce qui composoit l’Equipage. La Compagnie de Mr le Chevalier de Lhery, formée de cent Hommes, tous Gens bien faits & choisis, ayant chacun environ cinq pieds huit pouces de @@ -864,7 +863,7 @@ Gault ; seize Gardes de Marine ; soixante & huit Officiers Mariniers, & cent quatre-vingts deux Matelots. Quantité de Banderoles blanches ornoient le Vaisseau. Tout l’Equipage parut dans une + >Vaisseau. Tout l’Equipage parut dans une magnificence qui ne se peut concevoir.

@@ -963,7 +962,7 @@ Bonnets d’Ecarlate d’une façon extraordinaire, garnis du mesme Galon, & des Caisses magnifiques dont les Cordons estoient de soye bleuë, meslez de fils d’or.

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Il me reste à vous apprendre la disposition de tout l’Il me reste à vous apprendre la disposition de tout l’Equipage. Les Gardes de la Marine estoient sur la Dunete, mis en bataillon ; & deux Files de Matelots rangez sur les aîles depuis les Cabanes jusques au Fronteau, avoient à leur teste Mr le @@ -972,7 +971,7 @@ facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62219294/f105"/>tite Pertuisane toute dorée, & au milieu de leurs Forts estoient les Armes du Roy.

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On voyoit sur le Gaillard dix-huit Matelots par bandes, +

On voyoit sur le Gaillard dix-huit Matelots par bandes, avec chacun une Pertuisane comme celle des Gardes-Marines. Les deux premiers Pilotes estoient aupres du Mats d’Artimont, & le Maistre sur le milieu du Gaillard.

@@ -1002,9 +1001,9 @@ Villars à leur teste. Quatre Sergens estoient aussi à la teste & à la queuë, mais ils se tenoient sur les aîles. Les deux Maî-tres Canonniers estoient à la Sainte Barbe.

+ />tres Canonniers estoient à la Sainte Barbe.

Toutes choses ayant esté ainsi préparées pour la reception du Roy sur l’Entreprenant, + key="louisxiv">Roy sur l’Entreprenant, ( ce Vaisseau est du port de mille Tonneaux, ). Sa Majesté s’embarqua sur une Galiote toute dorée devant & arriere, sur un fond @@ -1043,7 +1042,7 @@ haut sur les Vergues & dans les hauts bouts. Chacun obeït avec une diligence merveilleuse. Jugez du brillant effet que pouvoit produire - la magnificence de tout l’Equipage, jointe aux riches + la magnificence de tout l’Equipage, jointe aux riches ornemens dont je vous ay fait la description. Le Roy en fut tres-content, & trouva, en arrivant au Vaisseau, un Escalier fort @@ -1157,21 +1156,22 @@ place="margin" resp="inconnu">albert & de Beauvilliers, à Mr le Duc de - Chevreuse, à Mr l’Ambassadeur de Suede, - à Mr le Marquis de - Maulevrierandrault, - à Mrs de S. - GéranDe la Guiche & - de Thury, & - une autre le lendemain à Mesdames les Duchesses - de Crussol & - de la - Ferté, à Madame de la Mothede St - nectaire, & à Mesdames de - Seignelay & de Maintenond'aubigné..

+ Chevreuse, à Mr l’Ambassadeur de Suede, à Mr le Marquis de Maulevrierandrault, à Mrs de S. GéranDe la Guiche & de + Thury, & une autre le lendemain à Mesdames les Duchesses de Crussol & de la Ferté, à + Madame de la Mothede St nectaire, + & à Mesdames de Seignelay & de Maintenond'aubigné..

L’apresdînée du mesme jour que le Roy eust esté sur ce

Le 29. apres midy, le Roy retourna sur le Vaisseau - l’Entrepreant, & y fit faire toutes les + l’Entrepreant, & y fit faire toutes les Maneuvres dont il est possible de se servir. Mr le Chevalier de Lhery le reçeut avec son Equipage, comme Canon en confusion, comme s’il eust tiré dans un Combat. Le Roy, & toute la Cour, y prirent - beaucoup de plaisir. Apres cela, l’Abordage fut l’Abordage fut défendu aussi en confusion par les Soldats, & les Matelots qui avoient plusieurs Armes diférentes, les uns des Sabres, des Haches d’armes & des @@ -1298,10 +1298,10 @@ facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62219294/f132"/>tant arrestées à l’entrée du Port, le signal fut donné pour le Combat, & aussitost la Frégate - l’Adroit leva l’Ancre. Toutes les deux firent diverses - Maneuvres pour se disputer le vent. L’Adroit envoya sa - bordée à la Serpente. La Serpente prit son temps pour envoyer la sienne à l’Adroit leva l’Ancre. Toutes les deux firent diverses + Maneuvres pour se disputer le vent. L’Adroit envoya sa + bordée à la Serpente. La Serpente prit son temps pour envoyer la sienne à l’Adroit. Elles venoient quelquefois jusqu’à la portée du Pistolet, s’éloignoient ensuite, regagnoiét le vent l’une sur l’autre, & firent durer ainsi le Combat pendant plus d’une heure,& 100 l. à l’Aumônier.

Monseigneur le Dauphin fit ressentir - aussi des effets de sa liberalité à tout l’Equipage. Il + aussi des effets de sa liberalité à tout l’Equipage. Il ne faut pas oublier à vous apprendre celle de Mr le Prince de Conty. Le jour que ce Prince alla voir France.

Ipres est une Vicomté dont le Domaine s’étend fort loin. Il y a peu de Villes aussi riches & aussi marchandes dans tout le - Païs. Le Comte Badoüin, Fils du Comte + Païs. Le Comte Badoüin, Fils du Comte Arnould, en fut le Fondateur en 960. Elle est bien bastie, environnée de Marais, & toute remplie de fort beaux Canaux. Janse-ius en a esté Evesque, & est enterré dans l’Eglise de S. Martin. Le Roy fait fortifier la Place sur les Desseins de Mr de Vaubanle - Prestre, & c’est ce fameux Ingénieur qui en a le soin. Cette Ville a esté prise deux fois par les Françoïs. Place sur les Desseins de Mr de + Vaubanle Prestre, + & c’est ce fameux Ingénieur qui en a le soin. Cette Ville a esté prise deux fois par les Françoïs. Mósieur le Prince commandoit au premier Siege, & le Roy a commandé au second en propre personne. Le un fort grand plaisir, & sortit de là tres-satisfaite.

Le soir de ce mesme jour on tira un tres-beau Feu - d’artifice, dont la guerre des Geans faisoit le + d’artifice, dont la guerre des Geans faisoit le sujet. Je croirois ne vous apprendre qu’imparfaitement les choses, si avant que de venir à cette description, je ne vous faisois pas voir un Discours que les Magistrats adresserent là-dessus au Roy. @@ -1631,7 +1632,7 @@

La Paix, que Vostre Majesté a donnée à toute l’Europe, est le fruit d’une guerre glorieuse, & une marque éclatante de sa bontè, dont ses Ennemis mémes ont eu l’avantage de profiter. C’est le comble - de la gloire, où Dieu, qui a toûjours beny les Armes de + de la gloire, où Dieu, qui a toûjours beny les Armes de Vostre Majesté, a voulu qu’Elle montast, pour faire voir à toute la Terre LOÜIS LE GRAND dans une élevation, qui sera le sujet de l’ad-Vostre Majesté. C’est la Gigantoma-chie, ou la Guerre - des Geans, que les Poëtes appellent les Enfans de la + des Geans, que les Poëtes appellent les Enfans de la Terre. Et de vray, pour peu qu’on fasse refléxion sur la guerre derniere, on trouvera que ce sujet, qui est l’un des plus illustres de la Fable, renferme l’idée des Actions heroïques de LOÜIS LE GRAND, & de la confusion de tant d’Ennemis liguez inutilement - contre Luy. Les Poëtes disent que ces Geans se laissant + contre Luy. Les Poëtes disent que ces Geans se laissant séduire par une présomption témeraire, & comptant trop sur la grandeur de leur taille, & de leurs forces prodigieuses, s’allierent ensemble, & entreprirent de renverser le - Trône de Jupiter. Ce Dieu, + Trône de Jupiter. Ce Dieu, sans en prendre aucune alarme, se mit en état de faire avoüer à ses Ennemis, que toutes les forces de la Terre estoient incapables de l’ébranler, & comme ils s’obstinoient aveuglément dans leur entreprise, sur de fausses & de trompeuses @@ -1701,7 +1702,7 @@ facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62219294/f170"/> imprenables de l’Europe. Elle aneantit tous leurs desseins. Elle soûmit leurs volontez aux siennes ; & voulant couronner sa - gloire par un prodige de bonté, Elle surmonta Jupiter, + gloire par un prodige de bonté, Elle surmonta Jupiter, puis qu’étouffant, pour ainsi dire, dans son Ame le desir de la gloire qui luy est si naturel, Elle mit Elle-mesme des bornes à ses Conquestes. Nous ne disons rien dont toute l’Europe n’ait esté témoin. Elle a vû la genérosité de Piédestal, s’élevoit au milieu de la grande Place. - Plusieurs Geans paroissoient sur cette Geans paroissoient sur cette Montagne, & faisoient connoistre par le soin qu’ils prenoient à y entasser pierre sur pierre, qu’ils avoient dessein d’usurper l’Empire - de Jupiter, & qu’ils travailloient à bastir un Lieu + de Jupiter, & qu’ils travailloient à bastir un Lieu qui leur facilitast le moyen de l’escalader. Ils sembloient tous s’animer l’un l’autre au Combat, & n’avoir devant les yeux que la Victoire.

Voila quelle fut la premiere des deux Machines, qui à trois toises de distance estoit illuminée tout autour par quatre Nymphes proportionnées à sa grandeur. Ces Nymphes proportionnées à sa grandeur. Ces Nymphes, représentant les quatre Parties de l’Europe qui ont esté le Théatre de la Guerre, estoient la France, l’Espagne, @@ -1763,30 +1764,30 @@ >grosse queuë, qui ne se sépara point que la Fusée n’eust communiqué son feu à la matiere que la Nymphe qui servoit de figure à la France, + type="feux-artifice">feu à la matiere que la Nymphe qui servoit de figure à la France, portoit dans une Couronne de Châteaux qu’on luy voyoit sur la teste. Le bruit des Boëtes & des Petards se fit aussitost entendre ; & ce qu’il y eut d’admirable, c’est qu’ils contrefirent la Marche Françoise assez - distinctement, pour la faire reconnoistre de tout le monde. La France estant entierement éclairée, répádit une infinité de feux, qui en se communiquant à la feux, qui en se communiquant à la Nymphe la plus voisine qui représentoit - l’Espagne, faisoient remarquer la promptitude avec - laquelle cette Nation a donné la main à la France, afin - d’attirer l’Allemagne & la Suede par son exemple. En suite cette seconde Espagne, faisoient remarquer la promptitude avec + laquelle cette Nation a donné la main à la France, afin + d’attirer l’Allemagne & la Suede par son exemple. En suite cette seconde Nymphe fit part des feux qu’elle avoit - reçeus à la troisiéme, & cette troisiéme à la derniere ; de sorte que toutes + reçeus à la troisiéme, & cette troisiéme à la derniere ; de sorte que toutes les quatre parurent en un moment comme autant de sources de lumieres.

Ce fut à la faveur de tant de clartez qu’on découvrit le commencement de la Gigantomachie, et le vray Portrait de cette fameuse Guerre. On eust dit que les - Geans, environnez tout-à-coup d’Geans, environnez tout-à-coup d’éclairs, & surpris des épouvantables coups de Tonnerre, qui firent trembler toutes les Montagnes qu’ils avoient entassées l’une sur l’autre, @@ -1794,14 +1795,14 @@ conçeuës ; de maniere qu’ils mirent eux-mesmes le desordre & le desespoir par tout. Enfin celuy des Geans qui estoit le plus élevé, lança une grosse piece de - Rocher contre la personne de Jupiter mesme. Le Soleil, qui est le symbole de la grandeur du Roy, parut aussitost envoyé par ce Geans qui estoit le plus élevé, lança une grosse piece de + Rocher contre la personne de Jupiter mesme. Le Soleil, qui est le symbole de la grandeur du Roy, parut aussitost envoyé par ce Souverain des Dieux. Il estoit armé d’un Foudre pour écraser le Geant, & ces mots formez en Geant, & ces mots formez en caracteres de feu se lûrent en l’air aupres de luy, Unus in omnes. Le brillant éclat de ce Unus in omnes. Le brillant éclat de ce Soleil surprit tout le monde. Il arresta le Rocher qui venoit d’estre lancé, & le repoussa avec tant de force, @@ -1820,21 +1821,21 @@ huit Façades. C’estoient autant de Tableaux de la Guerre, dont ces Façades représentoient les malheurs, en sorte pourtant que par une double signification les Symboles & les Devises qui les - ornoient, faisoient connoistre les avantages que la Paix + ornoient, faisoient connoistre les avantages que la Paix devoit produire.

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Dans la premiere Façade, on voyoit Dans la premiere Façade, on voyoit Bacchus pâle, dé-fait, & - inconsolable de ce qu’il manquoit de Vin, parce que les Partisans de Mars luy avoient cassé son Tonneau & sa Bouteille par une manie qui les possede assez ordinairement. Cela estoit cause qu’il négligeoit le soin de la Vigne qui restoit infructueuse. On pouvoit connoistre combien il aspiroit à la Paix - par les plaintes qu’il faisoit au Dieu de la Guerre, marquées + par les plaintes qu’il faisoit au Dieu de la Guerre, marquées dans ces paroles qu’on lisoit aupres de luy sur un Ecriteau. Mars mihi vina negat.

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Cerés sans épys faisoit le sujet de la seconde Cerés sans épys faisoit le sujet de la seconde Façade. Elle paroissoit aussi déplorer son infortune, en voyant sa Moisson toute gâtée par ces impitoyables Soldats qui ravagent les Campagnes, & qui employent les Instrumens dont on cultive la terre, aux desseins @@ -1843,56 +1844,56 @@ combien elle souhaitoit que le retour de la Paix fist servir ces Instrumens à d’autres usages qu’à la cruauté.

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On voyoit dans la troisiéme, On voyoit dans la troisiéme, Saturne en habit de fer, avec ces paroles, Faciet Pax aurea. Rien ne pouvoit mieux marquer - l’espérance que ce Dieu avoit qu’une heureuse Dieu avoit qu’une heureuse Paix succederoit à la Guerre, & que changeant en or son habit de fer, elle nous rameneroit le premier âge du monde avec les richesses & l’abondance de toute sorte de biens, sans qu’il fallust plus parler ny d’Epée ny d’Armes, qui ne peuvent présager que des ruines.

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La quatriéme faisoit paroistre La quatriéme faisoit paroistre Minerve désolée, en voyant pâlir les feüilles & les branches de ses Olives, & quantité de Livres renversez, pour marque que les belles Lettres - estoient détruites. L’espérance dont cette Déesse se + estoient détruites. L’espérance dont cette Déesse se flatoit que la venuë de la Paix feroit cesser ces desordres, se connoissoit par cette Devise, Pace reviviscent.

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Apollon, tout resveur dans la cinquiéme, regardoit avec +

Apollon, tout resveur dans la cinquiéme, regardoit avec chagrin ses Lauriers flétris. Quoy que la douleur qui es-toit peinte sur son visage, fist entendre qu’il ne tiroit plus de sa Harpe que des sons lugubres, ces paroles, Resonam concordia reddet, ne laissoient pas de marquer que quand la Paix seroit de retour, ses Concerts reprendroient bientost leurs premiers charmes.

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Dans la sixiéme, on voyoit Pluton +

Dans la sixiéme, on voyoit Pluton regardant avec surprise ses Cofres remplis de toute sorte d’Armes, au lieu de - l’argent qu’il prétendoit y trouver. Le Caducée de Mercure, qui est le symbole de la Paix, luy donnoit lieu d’espérer, en les touchant par un bout, qu’il les changeroit en Chaînes d’or. C’est ce que signifioient ces paroles, Vis tanta attactus.

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La septiéme représentoit Flore +

La septiéme représentoit Flore dans une posture mélancolique & nonchalante, ce qui exprimoit parfaitement le dépit où elle estoit du ravage de ses Jardins. Dans cette tristesse, elle paroissoit se plaindre, de ce que les horreurs de la Guerre empeschant que les Zéphirs ne vinssent entretenir l’éclatZéphirs ne vinssent entretenir l’éclat de ses Fleurs, elle avoit perdu l’avantage de joüir de leur douce haleine. Ces paroles, Cum flabunt Zephiri, faisoient connoître l’espérance qu’elle avoit de leur retour par la Paix qu’elle attendoit.

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La huitiéme faisoit voir Neptune +

La huitiéme faisoit voir Neptune tout alarmé de ce que les Armées navales troubloient le Commerce, & forçoient les Matelots à rester au Port, sans qu’aucun d’eux osast lever l’Ancre, ny tendre les Voiles. Il marquoit par ces paroles, Donec Pax redeat, que la Paix seuleDonec Pax redeat, que la Paix seule pouvoit finir ces malheurs.

Apres le Spéctacle dont je vous ay fait la description, on fut fort surpris d’en voir - un second naître tout à coup de ce premier. Le Rocher lancé par le Geant, ayant esté repoussé contre luy-mesme par le Geant, ayant esté repoussé contre luy-mesme par le Soleil, les autres Rochers s’écarterent en se brisant. Tout fut renversé, & de ces ruines sortit un nombre infiny de feux de diférentes manieres, qui ayant consumé en un moment toute la Piédestal particulier, au bas duquel on lût ces paroles, E cinere Belli.

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Cette Paix née des cendres de la Guerre, fut d’autant plus - agreable, qu’on avoit trouvé les Geans affreux. Elle estoit - au milieu de deux Génies. Celuy de Cette Paix née des cendres de la Guerre, fut d’autant plus + agreable, qu’on avoit trouvé les Geans affreux. Elle estoit + au milieu de deux Génies. Celuy de Sa Majesté, qu’on voyoit sur un nüage à sa droite, ayant apperçeu à costé de luy un Autel couvert de diverses Armes, y mit aussitost le feu avec son @@ -1921,10 +1922,10 @@ la Paix, n’y avoit esté porté par aucun fâcheux évenement, mais par la seule bonté qu’il a pour ses Peuples.

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Le Génie de Lile, placé - à la gauche de la Paix, voulant reconnoistre les sentimens +

Le Génie de Lile, placé + à la gauche de la Paix, voulant reconnoistre les sentimens favorables qu’a Sa Majesté pour - cette Ville, décochast de son costé une Ville, décochast de son costé une Fleche de feu sur un Autel, où les cœurs de tout ce Peuple estoient ramassez. Ce feu qui les embrasa, parut les consacrer tous à @@ -1938,7 +1939,7 @@ >Roy comme le seul Auteur de la Paix.

Cependant toute la Machine s’alluma, & on vit briller un feu si serein, qu’il fut aisé de juger - que c’estoit la Paix qui le produisoit. Un Paix qui le produisoit. Un feu plus vif & plus rouge luy succeda. Il donna les derniers agrémens à cet artifice, & marqua ces mots, Vive le Roy, @@ -1962,7 +1963,7 @@ Pacis.

Une Corne d’abondance remplie de Fruits, & une autre pleine de Carquans d’or & d’argent, faisoient l’ornement de la seconde. Au - milieu estoit un Caducée de Mercure, & au dessus ces + milieu estoit un Caducée de Mercure, & au dessus ces paroles, Omnia pariter cum eo. Le Caducée qui marque la Paix, donnoit à entendre que toutes sortes de biens viennent avec elle.

@@ -1985,18 +1986,18 @@ Peuple, que pour le Commerce qu’elle entretient. Son nom Latin Insula, vient de ce qu’elle estoit autrefois entourée d’Etangs & de Marécages, qu’on a eu l’adresse de tarir & de secher. - Baudoüin le Debonnaire qui y prit nais-Baudoüin le Debonnaire
qui y prit nais-sance, luy donna le nom de Lile par cette - raison. Il estoit Fils de Baudoüin, dit le + raison. Il estoit Fils de Baudoüin, dit le Barbu, Comte de Flandres, qui l’avoit fait bastir l’an 1007. - Ce Fils la fit clore de Fils la fit clore de Murailles en 1066. y fonda l’Eglise de S. Pierre, & voulut que les Evesques de Cambray & de Téroüanne en fussent Chanoines. Cette Ville est si riche & si marchande, qu’elle - prestoit souvent de l’argent au Roy d’Espagne lors + prestoit souvent de l’argent au Roy d’Espagne lors qu’elle estoit sous sa domination. Les Places publiques y sont spacieu-ses, les Ruës fort larges & droites, les Maisons belles, les Eglises magnifiques, @@ -2005,10 +2006,10 @@ Elle est du Diocese de Tournay, fortifiée de plusieurs Bastiós Royaux, avec plusieurs sortes d’Ouvrages, & défenduë de deux Citadelles, dont - Mr de Vauban est - Gouverneur. L’une qu’on nomme la grande, est un Pentagone régulier. Le dedans - contient une Place aussi en pentagone, - envi-Mr de Vauban est Gouverneur. L’une qu’on nomme la grande, est un + Pentagone régulier. Le dedans contient une Place aussi en pentagone, envi-ronnée de Maisons. Rien n’est plus beau que le Magazin des Armes. Il y a plusieurs Chambres garnies de Mousquets, Mousquetons, & Fuzils ; & entr’autres, on y voit deux gros