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<title>Mercure galant, juillet 1680 [tome 9].</title>
</titleStmt>
<editionStmt>
<edition>OBVIL/IREMUS</edition>
<respStmt>
<name>Nathalie Berton-Blivet</name>
<resp>Responsable éditorial</resp>
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<name>Anne Piéjus</name>
<resp>Responsable éditorial</resp>
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<name>Vincent Jolivet</name>
<resp>Édition numérique</resp>
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<publisher>Sorbonne Université, LABEX OBVIL</publisher>
<date when="2015"/>
<idno>http://obvil.sorbonne-universite.fr/corpus/mercure-galant/MG-1680-07/</idno>
<availability status="restricted">
<licence target="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/fr/"><p>Copyright © 2019
Sorbonne Université, agissant pour le Laboratoire d’Excellence « Observatoire de la
vie littéraire » (ci-après dénommé OBVIL).</p>
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les bases de données (L341-1) est mise à disposition de la communauté scientifique
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Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 France
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<p>Pas de Modification : l’OBVIL s’engage à améliorer et à corriger cette ressource
électronique, notamment en intégrant toutes les contributions extérieures, la
diffusion de versions modifiées de cette ressource n’est pas
souhaitable.</p></licence>
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<bibl><title>Mercure galant</title>, juillet <date>1680</date> [tome 9].</bibl>
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<text>
<body>
<div type="article" xml:id="MG-1680-07_155" resp="mercure">
<head>Air nouveau</head>
<bibl><title>Mercure galant</title>, juillet 1680 [tome 9], p. 155-156.</bibl>
<p>Le fameux Autheur dont je vous ay déja envoyé tant d’Airs nouveaux, a fait encor
celuy-cy <note resp="editor">Le « fameux Autheur » est probablement Bacilly, auteur de dix des dix-neuf airs publiés entre octobre 1679 (première publication d'un air de Bacilly dans le <hi rend="italic">Mercure galant</hi>) et la publication de l'air précédant celui-ci. Quatre de ces airs sont attribués à un autre compositeur et cinq sont anonyme.</note>.</p>
<quote>
<label>AIR NOUVEAU.</label><note resp="author" place="margin"><hi rend="i">Avis pour
placer les Figures</hi> : l’Air qui commence par <hi rend="i">Sur ces Rives
fleuries</hi>, doit regarder la page 156.</note>
<lg>
<l rend="i">Sur ces Rives fleuries,</l>
<l rend="i">Le charmant murmure des eaux,</l>
<l rend="i">Le doux chant des Oyseaux,</l>
<l rend="i">Ne font qu’entretenir mes tristes resveries.</l>
<l rend="i">>Mon cœur au milieu des plaisirs,</l>
<l rend="i">Toûjours amoureux, toûjours tendre,</l>
<l rend="i">Pousse de languissans soûpirs</l>
<l rend="i">Qu’il n’ose faire entendre.</l>
</lg>
</quote>
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</figure>
</ref>
</div>
<div type="article" xml:id="MG-1680-07_156" resp="mercure">
<head>Paroles à mettre en air</head>
<bibl><title>Mercure galant</title>, juillet 1680 [tome 9], p. 155-157.</bibl>
<p>Ces autres Paroles semblent assez propres à estre notées.</p>
<quote>
<label>Paroles à mettre en air.</label>
<l><space rend="tab"> </space><space rend="tab"> </space><space rend="tab"> </space>Un
cœur Bien né</l>
<l><space rend="tab"> </space><space rend="tab"> </space><space rend="tab"> </space>Est
toûjours tendre ;</l>
<l>En matiere d’amour il a beau se défendre ;</l>
<l><space rend="tab"> </space><space rend="tab"> </space>Apres en avoir bien donné,</l>
<l><space rend="tab"> </space><space rend="tab"> </space>Il est enfin contraint d’en
prendre.</l>
</quote>
</div>
<div type="article" xml:id="MG-1680-07_157" resp="mercure">
<head>[Concert fait à Dijon chez M. de Malateste Conseiller au Parlement]</head>
<bibl><title>Mercure galant</title>, juillet 1680 [tome 9], p. 157-163.</bibl>
<p> Quoy que les deux Quatrains que vous allez voir ne soient pas faits pour estre chantez,
comme la Musique en a fourny le sujet, il est assez juste qu’ils trouvent icy leur place.
Je me souviens de vous avoir déjà parlé d’un Concert qui se fait à Dijon, chez M<hi
rend="sup">r</hi> de Malateste, Conseiller au Parlement, & que Son Altesse
Serénissime voulut bien honorer de sa présence, la derniere fois qu’il y alla tenir les
Etats. On continuë toûjours ce Concert, & il se fait reglement un jour de chaque
Semaine. Il est composé de tout ce qu’il y a dans la Ville d’Officiers, de Dames de
qualité, de Gens habiles & connoisseurs qui s’y assemblent, soit pour écouter, soit
pour y tenir quelque Partie, & on n’y chante que des Pieces Italiennes, & les
Opéra de Venise, que M<hi rend="sup">r</hi> de Malateste fait venir à ses dépens. Je
n’entreprens point de vous parler de tous ceux qui y font paroistre le talent qu’ils ont,
parmy lesquels M<hi rend="sup">r</hi> de Villiers se fait particulierement admirer. C’est
un Gentilhomme tres-sçavant dans la Musique, qui chante bien, & qui charme par la
délicatesse & la facilité qu’il s’est acquise à toucher le Theorbe. Je viens au sujet
des deux Quatrains, qu’un fort galant Cavalier a faits pour un Officier de considération,
qui ayant beaucoup d’estime pour une Dame, qu’on peut appeller le plus bel ornement de ce
Concert, a quelquefois le plaisir d’accorder sa voix avec la sienne. La Dame, qui est
Femme d’un Secretaire du Roy, a infiniment du mérite & de l’esprit. Elle brille dans
la conversation, & possede si parfaitement la Musique, qu’il n’y a point de Piece
Françoise ou Italienne, quelque difficile qu’elle soit, dont elle ne vienne à bout sur le
champ avec un agrément merveilleux. C’est par là que l’on a fait dire à cet Officier.</p>
<quote>
<l>Philis, vostre voix charme, & vostre esprit engage.</l>
<l>On ne voit point d’Objets qui vous valent icy,</l>
<l>Et souvent le hazard me donne l’avantage</l>
<l>De parler avec vous, & de chanter aussy.</l>
<l/>
<l>Nos voix sont de concert quand nous chantons ensemble,</l>
<l>Du plaisir que je sens tout le monde est jaloux.</l>
<l>Cependant pour vouloir trop m’entendre avec vous,</l>
<l>Nous ne sommes, Philis, jamais d’accord ensemble.</l>
</quote>
<p>Ce malheur qui est commun à bien des Amans, est le sujet de beaucoup de plaintes. Un
Cavalier priant une belle Heritiere de la Ville d’Alais, d’avoir un peu de retour pour
luy, (vous voyez, Madame, que ce mot <hi rend="i">retour</hi> doit signifier
correspondance de sentimens) voicy ce que la Belle luy repondit.</p>
<quote>
<l><space rend="tab"> </space><space rend="tab"> </space>Puis que vous dites nuit &
jour</l>
<l><space rend="tab"> </space><space rend="tab"> </space>Que je n’ay pour vous nul
retour,</l>
<l>Et que vous criez tant que je suis insensible,</l>
<l>Je veux bien vous donner un moyen infaillible</l>
<l>Pour trouver du retour, si vous le désirez,</l>
<l>Haissez-moy, Tircis, & vous en trouverez.</l>
</quote>
</div>
<div type="article" xml:id="MG-1680-07_185" resp="mercure">
<head>[Relation d’Alep]</head>
<bibl><title>Mercure galant</title>, juillet 1680 [tome 9], p. 185-209 [extrait p.
185-193].</bibl>
<p>Je vous ay déjà fait part de plusieurs Relations d’Alep, dont vous m’avez toûjours
témoigné estre satisfaite. En voicy une nouvelle sur un Fait particulier. Elle est, ainsi
que les autres, de M<hi rend="sup">r</hi> de Langes de Montmiral, Gentilhomme d’Orange ;
ancien Avocat au Parlement de Paris. C’est un Homme qui n’a pas moins d’érudition que de
mérite, & que M<hi rend="sup">r</hi> le Commandeur d’Arvieux a fait Cady à Alep, pour
tous les François & les autres Nations qui sont sous la protection & sous
l’Etendart de France.</p>
<quote>
<label>À M<hi rend="sup">r</hi> l’Abbé de ***</label>
<p rend="right"><space rend="tab"> </space>À Alep, Capitale de Syrie,</p>
<p rend="right">le 20. May 1680.</p>
<p><hi rend="i">Comme vous estes curieux de nouveautez, je me persuade, mon cher Abbé, que
vous serez bien aise d’apprendre, de quelle maniere on enterra icy dernierement un
Grand du Païs, dont je croy vous avoir déjà parlé dans quelqu’une de mes Lettres,
& qui s’estoit fait des Amis particuliers de M<hi rend="sup">r</hi> le Commandeur
d’Arvieux.</hi></p>
<p><hi rend="i">Il s’appelloit Mustafa Efendi, & avoit la Charge de Nakip, ou des Chef
des Emirs ou des Cherifs, c’est à dire, de ceux qui sont descendans de la Race de
Muhhammed en ligne directe ou collaterale, masculine ou feminine, & qui porte le
Turban ou la Sesse de Coton vert, pour se distinguer des autres Musulmans.</hi></p>
<p><hi rend="i">Il mourut subitement d’apoplexie, & son deceds ne tarda guére à estre
annoncé. À peine avoit-il rendu l’esprit, qu’on pria publiquement pour luy dans toutes
les Mosquées de cette Ville. Il y en a une au milieu du grand Kham où nous sommes
logez, & sur laquelle donne une des Fenestres de ma Chambre.</hi></p>
<p><hi rend="i">Si tost qu'il fut mort, on l'ongnit, & on le parfuma de Camfre &
d'autres bonnes Herbes odoriférantes.</hi></p>
<p><hi rend="i">Apres que le Corps eust esté lavé deux fois par l'Imam, & par le
Muerin, c'est à dire, par le Curé, & par celuy qui crie sur le Minaret ou la
Tourelle de sa Mosquée, ou si vous voulez de sa Paroisse, il fut revestu d'une Chemise
bien blanche, & de Calçons de toile aussi blanche, & ensevely dans une piece
de toile neuve de Lizard, qu'ils appellent Kesin ou Suaire.</hi></p>
<p><hi rend="i">On le mit ensuite dans une espece de Biere ou de Cercueil couvert d'une
Etofe blanche, & par dessus, d'un Drap noir, sur lequel estoient imprimées
plusieurs Prieres, & pour l'usage ou le loüage duquel il faut payer mille
aspres.</hi></p>
<p><hi rend="i">Sur la teste du Cercueil estoit un gros Turban, ou plûtost une grosse
Sesse verte, pour marquer la Qualité & la Charge du Defunt.</hi></p>
<p><hi rend="i">Tant qu’on le laissa dans son Hôtel, il y eut aupres du Corps quatre
Sopthas ou Prestres de leur Loy, qui lûrent incessamment l’Alcoran.</hi></p>
<p><hi rend="i">Quoy qu’il n’eust expiré que le matin, on le porta en terre dés le mesme
jour, dans l’ordre qui suit.</hi></p>
<p><hi rend="i">Neuf vieilles Bannieres précedoient la Marche. Immédiatement apres suivoit
un Chœur de Musiciens Afriquains, j’entens d’Alger, de Tunis, & de Tripoly, qu’on
nomme en Arabe Mograbis, dont je vous assure que la Musique n’avoit pas plus de degrez
de bonté qu’il luy en falloit.</hi></p>
<p><hi rend="i">Ce Chœur estoit suivy d’un autre de Chaiks ou de Prestres des Mosquées de
cette Ville, chantans des Cantiques funebres avec le mesme agrément que les
premiers.</hi></p>
<p><hi rend="i">Les Musiciens de l’un & de l’autre de ces Chœurs, se tenoient tous par
la main, formant de temps en temps une espece de branle, & crioient tous comme des
enragez jusqu’à s’égosiller.</hi></p>
<p><hi rend="i">Cette Musique fut suivie de celle des Pleureuses Bedoüines, qu’on loüe en
pareil rencontre, lesquelles gagnerent bien leur argent pendant tout le chemin, à
force de lamenter, de crier, & de pleurer aussi amerement que si elles eussent eu
une veritable douleur.</hi></p>
<p>[…]</p>
</quote>
</div>
<div type="article" xml:id="MG-1680-07_224" resp="mercure">
<head>[Divertissemens publics donnés par Messieurs de Geneve à M. du Pré Envoyé de Sa Majesté]</head>
<bibl><title>Mercure galant</title>, juillet 1680 [tome 9], p. 224-240.</bibl>
<p>Le Roy ayant envoyé M<hi rend="sup">r</hi> du Pré pour estre son Résident à Geneve, il y
a esté reçeu avec toutes sortes d’honneurs, & de marques de respect. Depuis qu’il est
arrivé, cette République pleine de reconnoissance pour les bontez de Sa Majesté, a pris
tous les soins possibles d’en faire éclater sa joye par les divertissemens publics qui luy
ont esté donnez. Le dessein en ayant esté fourny par M<hi rend="sup">r</hi> Lect,
autrefois Envoyé Extraordinaire vers le Roy, ce fut luy qui eut ordre de le faire
executer. Voicy le détail de cette Feste.</p>
<p><space rend="tab"> </space>Le Jeudy 4. de ce Mois, douze Conseillers allerent sur les six
heures du matin prendre M<hi rend="sup">r</hi> le Résident dans son Hôtel avec six
Carrosses, dans l’un desquels il fut conduit au Port du Moulard, ou M<hi rend="sup">r</hi>
de Normandie Conseiller & l’un des Majors de la Ville, se trouva a la teste d’une
Compagnie de cinquante jeunes Hommes des mieux faits & des meilleures Familles de
Geneve. Ils estoient sous les armes, tous tres-propres, & dans un mesme équipage.
Comme ils devoient luy servir de Gardes, ils bordoient le Port pour faciliter son
embarquement, & le garantir de l’embarras que luy pouvoit causer la foule du Peuple.
Il monta au bruit des Trompetes & des Tambours, dans la Frégate qu’on luy avoit
préparée avec des ornemens extraordinaires. La Compagnie de ses Gardes monta dans une
autre. Si-tost qu’il fut à la rame la Ville le salüa, ainsi que toute l’Artillerie du
Port. Les Frégates rendirent le salut, & suivirent leur route sur le Lac.</p>
<p>Quatre petits Bateaux destinez pour le divertissement de la Pesche, l'attendoient à une
petite lieuë du Port. Ceux qui devoient luy en donner le plaisir, ne l'eurent pas plûtost
apperçeu, qu'ils jetterent sur l'eau cinquante botes de jonc, de la longueur d'un pied
& de trois à quatre pouces de diamettre, sur lesquelles on avoit roulé plusieurs
brasses de ficelle. Au bout de chacune de ces ficelles, il y avoit un petit Poisson qui a
son fer, & sert d'hameçon. Ce petit Poisson est tiré du Rhône & porté au Lac, où
estant vû de quelque grosse Truite ou d'un Brochet, il est soudain englouty. Alors la
Truite se sentant blessée par l'hameçon, fait tourner sur l'eau le petit paquet de jonc,
& devide la ficelle qui marque sa prise. C'est un genre de Pesche tres-divertissant.
Pendant qu'on s'y occupoit, on servit un Déjeuner magnifique, où rien ne manqua, soit pour
la propreté & le bon ordre, soit pour l'assaisonnement des Mets, & la diversité
des Boissons tres-bien rafraîchies. En suite deux Bateaux pescherent au grand filet
quantité de Truites & de Brochets, d'une grosseur surprenante. À ce divertissement
succeda celuy d'aller attaquer une Troupe de jeunes Canards, qu'on avoit découverts dés le
matin, dans un espace de Roseaux que le Lac produit. On les tua tous, & en suite, on
alla à la chasse des grands Oiseaux de Riviere, où l'on tira plusieurs fois au vol. Les
Chiens qui estoient dressez pour l'eau, donnerent un plaisir extraordinaire. On repassa
aux botes de jonc. La pesche y estoit fort grande. On vint de là débarquer à une avenuë
d’Arbres fort hauts, qui continuë du bord du Lac jusqu’au Chasteau Rozet, qui est à un
quart de lieue de la Ville, & à la portée du Canon du Lac. C’est une des plus belles
Maisons du Païs. Il y a un Parterre magnifique, avec des Jets d’eau, & de longues
Allées couvertes. On y trouva le Dîné servy dans une Chambre fort propre, toute semée de
fleurs, & ombragée dans tous ses jours. Il y avoit deux Tables, la premiere de dix
Couverts, & la seconde, de douze. La place de M<hi rend="sup">r</hi> le Résident
estoit distinguée. M<hi rend="sup">r</hi> Sarrazin, Seigneur de la Pierre, Conseiller au
Parlement de Grenoble, fut de la Partie, ainsi que deux Officiers François que M<hi
rend="sup">r</hi> le Résident avoit amenez, sur la priere que luy avoient faite les
Magistrats, de prendre avec luy telles Personnes qu’il souhaiteroit. Les deux Tables
furent servies à cinq Services chacune, dans un tres-grand ordre, & avec autant de
délicatesse que de somptuosité. Les Vins & les Liqueurs de toute sorte y estoient en
profusion. Deux Hommes du Conseil, tres-proprement habillez, des mieux faits, & des
premieres Familles de Geneve, servirent M<hi rend="sup">r</hi> le Résident à table. Il y
avoit un Maistre-d'Hôtel, & un Inspecteur.</p>
<p>M<hi rend="sup">r</hi> du Tremblay Syndic, que nous avons veu depuis peu Envoyé en Cour,
commença la Santé du Roy, & invita l'une & l'autre Table au respect qui estoit dû
à ce grand Monarque. Tout le monde se leva le Verre à la main, & on n'eut pas si-tost
commencé à boire, que M<hi rend="sup">r</hi> le Résident fut fort agreablement surpris de
six Mortiers qu'on avoit posez dans le Jardin. Le grand bruit qu'ils firent l'obligea de
quiter la Table, pour aller à la Fenestre, d'où il voyoit le feu. Les Frégates qui avoient
moüillé l'Ancre sous le Château Rozet, répondirent aux Mortiers ; apres quoy les Canons de
la Ville se firent entendre Bastion par Bastion. On dût ce grand ordre aux soins de M<hi
rend="sup">r</hi> le Fort, Conseiller & Major, qui estoit à cheval, & alloit de
Baterie en Baterie. Si-tost que tout ce bruit fut finy, une Bande de Violons &
d’autres Instrumens, qui estoient cachez dans une Chambre voisine, commencerent à joüer.
L’Harmonie dura jusqu’à la Santé de la Reyne, où le mesme bruit fut entendu, & les
Violons, dans les intervales. La mesme chose pour les Santez de Monseigneur & de
Madame la Dauphine.</p>
<p>Apres le Dîné, M<hi rend="sup">r</hi> de Normandie, suivy des cinquante jeunes Gens qui
servoient de Gardes, vint prendre M<hi rend="sup">r</hi> le Résident, & l’accompagna
au bord du Lac. Dans le temps qu'il approchoit du Rivage, un Brigantin ayant une Baniere
& un Equipage à la Turque, monté d'une Compagnie de faux Turcs tres-bien armez, &
de grande taille, & de quatre petites Pieces de Canon, vint fondre à sa veuë sur la
Frégate de ces jeunes Gens qui estoit à l'Ancre. Le Capitaine qui la commandoit luy lâcha
toute sa Baterie, mais le Brigantin ne s'étonna pas. Il fit tirer son Canon &
décharger sa Mousqueterie, & ayant accroché cette Frégate, les faux Turcs monterent
dessus le Sabre à la main, la firent attacher à la queuë de leur Brigantin, leverent
l'Ancre, & obligerent la Chiourne de travailler à se mettre au large. Les Gardes qui
virent qu'on enlevoit leur Frégate, se saisirent de six Bateaux garnis de leurs Avirons,
& de quelques Armes, & en formerent une petite Escadre. Le Capitaine prit l'Aisle
droite avec trois Bateaux, & donna la gauche avec les trois autres Bateaux à son
Lieutenant. Aussitost ils s'avancerent pour joindre les Turcs. M<hi rend="sup">r</hi> le
Résident s'estant embarqué, voulut soûtenir cette Jeunesse, & obligea ces faux Turcs à
combatre contre les six Bateaux, qui leur firent essuyer diverses décharges de
Mousqueterie. Ce grand feu contraignit les Turcs à relâcher la Frégate, & à se jetter
dans leur Brigantin, où il se tirerent d'embarras à force de Rames ; mais enfin apres plus
de deux heures de combat, ils furent forcez de mettre Pavillon bas. Cela fait, on servit
une tres-superbe Collation, pendant laquelle les fanfares des Trompetes, le bruit des
Tambours, & le son des Violons, se faisoient entendre comme à l’envy. On revint au
Port avec une Escorte d'un nombre infiny de Bateaux remplis de monde, que la beauté de la
Feste avoit attirez. En abordant, M<hi rend="sup">r</hi> le Résident fut de nouveau salüé
par le Canon. On le conduisit chez luy avec les mesmes cerémonies qui avoient été
observées le matin en l'allant prendre. Estant arrivé, il reçeut les Complimens de
plusieurs Personnes ; à quoy il répondit avc toute l'honnesteté possible, & mesme par
des libéralitez, à ceux qui avoient servy à la Feste.</p>
</div>
<div type="article" xml:id="MG-1680-07_250" resp="mercure">
<head>[Feste de l’Inquisition faite à Madrid]</head>
<bibl><title>Mercure galant</title>, juillet 1680 [tome 9], p. 250-272.</bibl>
<note resp="author" place="margin"><hi rend="i">Avis pour placer les Figures</hi> : La grande Place de Madrid doit regarder la page 250.</note>
<p>Il s’est fait depuis un mois une Feste si extraordinaire à Madrid, qu’avant que de vous
en parler, j’ay crû devoir vous représenter le Lieu où la cerémonie s’en est passée. Vous
le pouvez voir gravé dans cette Planche. C’est la grande Place où se font les fameuses
Festes de Taureaux, & de Cañas. Elle est moins belle & moins grande, que n'est icy
la Place Royale ; mais les Maisons en sont bien plus hautes, chacune ayant six ou sept
Etages tous pleins de Balcons de fer. Cela doit faire un fort bel effet, quand ils sont
remplis de monde. Le Toit est continué par tout sans qu'il y ait aucuns Pavillons. C'est
ce qui est cause qu'il y a moins d'air. La Place est mal nette, à cause que ceux qui y
logent, sont tous Marchands & petites Gens. Ainsi les Portiques en sont vilains. Le
vuide y sert de Marché, & il n'y a ny Fontaine, ny Statuë, pour la facilité des
Spéctacles. Celuy qui fournit le Sujet de cet Article, n'avoit point esté veu à Madrid
depuis pres de cinquante ans. C'est une Feste que Messieurs de l'Inquisition ont accoûtumé
d'y celebrer une fois sous le Regne de leurs Reynes. Les dépenses que l'on fait monter à
deux & trois cens mille Piastres, pour cette sorte de Cerémonie, sont cause qu'on
envoye tous les ans les Juifs à Valladolid ou ailleurs, pour les y punir sans appareil,
car on ne met guére à l'Inquisition que ceux qui sont soupçonnez de Morisme, ou de
Judaïsme. Il y en a que l'on mene par les Ruës avec une <hi rend="i">Coroça</hi>, qui est
une maniere de Bonnet pointu & fort haut, de papier jaune & rouge. Le Conseil,
& les Officiers de l'Inquisition, marchent devant sur leurs Mules, les Familiers
ensuite, & les <hi rend="i">Encoroçados</hi> sont au milieu. On donne le <hi rend="i"
>Sanbenito</hi> à d'autres. C'est une espece d'Etole qu'on les oblige de porter au col.
Le Président de l'Inquisition s'appelle <hi rend="i">Inquisidor general,</hi> & les
Conseillers, <hi rend="i">Inquisidores</hi>. Comme leur employ est de s'informer de la
mauvaise vie, & de la doctrine des Gens, ils envoyent par tout des Espions, & sur
les raports qui leur sont faits (apparemment ils prennent grand soin d'en examiner la
verité) ils font arrester un Misérable. Ce qu'il y a de fâcheux, c'est qu'au lieu que dans
les crimes d'un autre nature il faut déclarer au Prisonnier de quoy on l'accuse, & que
jamais un Homme n'est crû en parlant contre luy-mesme, on attend au regard de
l'Inquisition que ceux qui sont arrestez déclarent qu'ils sont coupables, & on les
retient toûjours s'ils ne s'accusent de rien. Ainsi c'est sur leur propre témoignage qu'on
les punit, puis qu'on ne leur nomme, ny ne confronte jamais les Témoins qui ont déposé
contre eux. Pour obliger la Noblesse à maintenir cette sorte de Justice, on a donné de
grands Privileges à tous les Gentilshommes qui veulent se faire ce qu'il appellent
Familiers de la sainte Inquisition. Leur fonction est de prester mainforte pour prendre
les Accusez, & les conduire en prison, y ayant cela de particulier qu'on les y mene,
& mesme au Suplice, sans que le Condamné soit lié, à cause du grand nombre de
Gentilshommes qui l'environnant de toutes parts, ne luy laissent pas le pouvoir de
s'échaper. Ce minsitere apporte de grands avantages à ceux qui y sont nommez ; & un
Gentilhomme reçeu Familier de l'Inquisition, se tire aisément de toute sorte d'affaires.
Si on le veut prendre, il se reclame de l'Inquisition, où il a ses Causes commises, &
il faut soudain que toute autre Jurisdiction cede. Les Inquisiteurs entreprennent son
Procés, & le traînent en longueur, pour forcer les Parties d'accommoder. Pendant ce
temps, le Familier qui s'est fait écroüer Prisonnier de l'Inquisition, a la liberté de se
promener par tout. Ainsi ceux qui ont de méchantes affaires, demeurent souvent des dix
années, & quelquefois mesme toute leur vie, prisonniers de l'Inquisition. Il y en a
dix Tribunaux en Espagne, sçavoir à Tolede, Grenade, Seville, Cordoue, Murcia, Guenca,
Logroño, Lerena, Valladolid, & par dessus tous ceux-là, il y a le Souverain qui est à
Madrid. C'est de ce qui a esté fait par ce dernier, que je prétens vous entretenir. La
résolution ayant esté prise de faire un <hi rend="i">Auto d'Inquisicion</hi> c'est à dire
de punir publiquement, & avec toutes les Cerémonies requises, ceux qu'elle avoit
condamnez, on éleva dans la grande Place un Theatre d'environ neuf à dix pieds de hauteur.
Il estoit large de quatre-vingts, & appuyé contre le Bastiment des Religieuses de S.
Pierre. Le devant de ce Theatre regardoit la Place, & il estoit fermé à droit & à
gauche par une montée de trente degrez. Plus haut, & contre le Bastiment, estoit
attaché le Balcon du Roy, & ceux de toute la Cour, à costé ou au dessus. Les degrez
estoient tous tapissez d'un costé depuis le bas jusqu'en haut, avec un grand Dais & un
Siege magnifique pour l'Inquisiteur General. Entre le Balcon du Roy & la distance de
ces degrez, il y avoit un Autel dans le milieu, orné de six Chandeliers. L'autre costé des
degrez n'estoit point du tout tapissé, comme estant l'endroit où l'on devoit faire
s'asseoir les Juifs que l'on avoit condamnez. Dans le milieu, entre ces degrez & le
Balcon de Sa Majesté, estoient trois Chaires à présider, pour lire la Sentence des
Criminels. Le Peuple estant accouru en foule pour estre témoin de cette Cerémonie, on la
commença le Samedy 29. de Juin, jour de S. Pierrre, par une Procession qui sortit de
l’Inquisition sur les cinq heures du soir. Les Ruës où elle passa, & la grande Place
mesme, estoient toutes tapissées, comme dans le Jour le plus solemnel. D'abord parut une
Compagnie d'environ trois cens Charbonniers, habillez le plus proprement qu'ils pûrent.
Ils portoient Mousquets, Piques, Halebardes, & marchoient cinq à cinq pour faire
écarter la foule. On voyoit en suite l'Etendart de l'Inquisiteur, porté par le Duc de
Medina-Celi, Favory & Premier Ministre du Roy. Il estoit suivy de tous les Seignuers
de la Cour, derriere lesquels tous les Religieux de la Ville, les Enfans Trouvez, &
autres, alloient deux à deux ; & en suite dans le mesme ordre, puis de cinq à six cens
Officiers de l'Inquisition, aussi parez qu'ils auroient pu l'estre pour quelque Entrée du
plus grand éclat. Apres eux marchoient deux Inquisiteurs portant chacun une grande Croix,
l'une verte, & l'autre blanche ; & une Compagnie de Soldats vestus de noir &
de blanc pour marques de deüil, fermoit cette grande Marche. Pendant que la Procession
passa, toutes les Cloches sonnerent comme au jour des Morts, sans qu’un si lugubre son
empeschast les fanfares des Trompetes qui se faisoient entendre en divers endroits. On
prit sa route devant le Palais du Roy, pour arriver à la Place, où l’on mit la Croix verte
sur l’Autel que l’on avoit préparé. Elle marquoit l’espérance pour la conversion des
Condamnez. On alla de là hors la Ville ; & la Croix blanche, qui signifioit le
châtiment, fut mise au lieu désigné pour le Bucher. Dés cette nuit, les Jacobins, comme
estant premiers Inquisiteurs, s'emparerent du Theatre, & y dirent Matines. Les Messes
y furent commencées à minuit, ainsi que dans toutes les Eglises de Madrid ; & à sept
heures précises du matin, le Roy s'estant rendu à son Balcon avec les deux Reynes, la
seconde Procession commença d'entrer dans la Place. Elle dura trois heures & demie à
passer. Il y en avoit une partie à pied, une partie à cheval, & le reste en mule.
C'estoit toute la Justice ordinaire, celle de l'Inquisition, plusieurs Seigneurs, &
les Criminels. L'Inquisiteur General, le Président de Castille, & le Marquis de Lova
Protecteur de l'Inquisition, marchoient derniers. Les Charbonniers estoient à la teste de
la Procession comme le precédent, & apres eux, trente-deux Statuës de Juifs morts ou
fugitifs, condamnez à estre brûlez, avec les os des Morts mis dans de petites Cassetes.
Soixante & sept Criminels, tant Hommes que Femmes, Juifs, Sorciers, ou Hypocrites,
suivoient ces Statuës les uns condamnez au foüet, & les autres à une penitence de sept
ans. Ensuite venoient l'un apres l'autre, avec quatre Confesseurs chacun, & deux
Sergens de l'Inquisition, sept Femmes & quinze Hommes condamnez à estre brûlez vifs.
Le tout estant arrivé sur le Theatre, l'on y commença la Messe à onze heures, & apres
qu'on eut chanté l'Evangile, le Roy presta serment à l'Inquisiteur, qui luy fit promettre
qu'il ne se mesleroit jamais de l'Inquisition ; apres quoy les Sentences de chaque Juif
furent leuës. La Messe qui commença & acheva la Cerémonie, dura jusqu’à neuf heures
& demie du soir. Dés qu’elle fut dite, on remit les Juifs entre les mains de la
Justice ordinaire, pour exécuter la Sentence, avec ordre, pour ceux qui renonceroient à la
Loy Juifve, de les étrangler avant que de les jetter au feu. La Reyne fit donner grace à
une Femme qui s'estant convertie, marquoit un grand repentir de ses erreurs. On la remena
à l'Inquisition, & les vingt & un autre furent conduits au Bucher avec des
Flambeaux, & sur des Astres. Ils y arriverent entre onze heures & minuit ; &
une heure apres, toutes les Exhortations estant faites, quatorze qui se convertirent
furent étranglez, & on brûla vifs six Hommes & une femme qui voulurent mourir
Juifs dans la Loy de Moïse. Il y en eut deux ou trois qui se jetterent eux-mesmes dans le
feu, & qui y demeurerent sans branler avec une constance merveilleuse. Comme on ne
faisoit que leur attacher les mains derriere le dos avec des cordes, & qu'on les
jettoit en suite dans le Bucher avec leurs habits ; les autres, à qui les cordes brûlées
laisserent incontinent les mains libres, se debatoient dans le feu, & en sortirent
jusques à trois fois. Le lendemain, cette Festes se conclud sur le châtiment de ceux qui
avoient esté condamnez au foüet. On sera surpris que des Criminels paroissent devant leur
Roy sans obtenir graces, puis qu'en France ils seroient sauvez par la veue de leur
Souverain. Vous voyez par là combien les deux Nations sont opposées. La Juive, à qui la
Reyne fit pardonner, accusa plus de dix huit Familles qu'on arresta aussitost, & que
l'on a fait mener dans les Prisons de Valladolid & de Tolede, où l'on doit faire la
mesme justice.</p>
</div>
<div type="article" xml:id="MG-1680-07_298" resp="mercure">
<head>Air nouveau</head>
<bibl><title>Mercure galant</title>, juillet 1680 [tome 9], p. 298-299.</bibl>
<p>Je vous envoie une seconde Chanson. Elle est de M<hi rend="sup">r</hi> Daniel, Neveu de
M<hi rend="sup">r</hi> de Bacilly.</p>
<quote>
<label>AIR NOUVEAU.</label><note resp="author" place="margin"><hi rend="i">Avis pour
placer les Figures</hi> : l’Air qui commence par <hi rend="i">Ah, Printemps, vos
douceurs</hi>, doit regarder la page 298.</note>
<lg>
<l rend="i">Ah, Printemps, vos douceurs</l>
<l rend="i">Ne font plaisir qu’aux Fleurs.</l>
<l rend="i">Depuis vostre retour ma douleur est extréme.</l>
<l rend="i">Tircis a quitté ce sejour,</l>
<l rend="i">Je ne vois plus l’Objet que j’aime ;</l>
<l rend="i">Et cependant je sens augmenter mon amour.</l>
<l rend="i">Ah, Printemps, vos douceurs</l>
<l rend="i">Ne font plaisir qu’aux Fleurs.</l>
<l rend="i">Je voyois chaque jour d’une ardeur mutuelle</l>
<l rend="i">Ce Berger sensible à son tour,</l>
<l rend="i">Répondre à mon amour fidelle,</l>
<l rend="i">Mais je ne le vois plus depuis vostre retour.</l>
<l rend="i">Ah, Printemps, vos douceurs</l>
<l rend="i">Ne font plaisir qu’aux Fleurs.</l>
</lg>
</quote>
<ref target="images/1680-07_298.JPG">
<figure>
<graphic url="images/1680-07_298.JPG"/>
</figure>
</ref>
</div>
<div type="article" xml:id="MG-1680-07_313" resp="mercure">
<head>[Depart du Roy de Fontainebleau, avec la suite de son Voyage]</head>
<bibl><title>Mercure galant</title>, juillet 1680 [tome 9], p. 313-342.</bibl>
<p>La Cour, dans les derniers jours qu’elle a passez à Fontainebleau, a continué de prendre
les mesmes divertissemens qu’elle y avoit pris pendant tout le mois de Juin. On a fait
diverses Chasses. Les unes ont esté des Parties galantes avec les Dames, & les autres
des Parties de vigueur, où l’on se faisoit un plaisir de la fatigue. Voicy ce qui arriva
d'une de ces Chasses sur la fin de l'autre Mois. Un Loup d'une grosseur extraordinaire,
ayant esté poursuivy par les Chiens du Roy, vint tout furieux vers les Bois de Dannemois
aupres de Courance. Deux Païsans se trouvant à sa rencontre, il se jeta sur l'un d'eux.
L'autre pour sauver son Compagnon, prit le Loup par le gosier & par une pate. Le
premier estant dégagé, saisit le Loup par d'autres endroits. Ils furent mordus tous deux,
& tâcherent inutilement de luy couper le col avec leurs couteaux. En mesme temps, un
Gentilhomme du voisinage, appellé M<hi rend="sup">r</hi> de Bissemont, fut attiré par ses
Chiens au lieu du combat. Il cria aux Païsans de lâcher le Loup. La crainte qu'ils eurent
qu'il ne s'échapast, les fit s'obstiner à le tenir, & enfin le Gentilhomme qui estoit
adroit, tourna son Fusil si justement, qu'il tua le Loup entre leurs mains. Les playes que
ses morsures leur avoient faites, n'estoient pas considérables, & on les en eust
aisément guéris, sans une espece de rage qui les attaqua, & dont ils moururent en fort
peu de jours. Le Curé du Lieu présenta leurs Veuves à la Cour, quand elle quitta
Fontainebleau, & le Roy leur donna des marques de la compassion qu'il a pour les
Malheureux.</p>
<p><space rend="tab"> </space>Les Divertissemens les plus ordinaires, outre la Chasse, ont
esté les Promenades, tantôst sur le Canal, tantost en Carrosse autour du mesme Canal,
& souvent plus loin, quand le temps le permettoit. Ces Promenades estoient presque
toûjours accompagnées de Collations. Je vous dirois, magnifiques, si vous ignoriez ce
qu’est la Cour de <hi rend="sc">Loüis le Grand</hi>. Chaque Comédie qu’on y a représentée,
a eu des Entr’actes de Musique, où Mademoiselle Rebel s’est fait admirer dans les beaux
Airs qu’elle y a chantez. […] </p>
<p>Le Samedy 13. Leurs Majestez, accompagnées de Monseigneur & de Madame la Dauphine,
partirent de S. Germain, & allerent coucher à Beauvais. […] Monsieur & Madame
partirent le mesme jour de Paris, pour joindre Leurs Majestez, & passerent à
Pierrefite, ou M<hi rend="sup">r</hi> Forcadel Secretaire du Roy, les régala d’une superbe
Collation, & d’un Concert des mieux entendus. […]</p>
</div>
<div type="article" xml:id="MG-1680-07_342" resp="mercure">
<head>[Madame l’Abbesse de S. Dizier fait faire un Service pour feu M. L’Evesque de
Châlons]</head>
<bibl><title>Mercure galant</title>, juillet 1680 [tome 9], p. 342-343.</bibl>
<p>Madame l’Abbesse de S. Dizier, voulant signaler son respect & la venération pour la
mémoire de feu M<hi rend="sup">r</hi> l’Evesque & Comte de Chalons, aussibien que sa
reconnoissance des biens faits, qu’elle & la Communauté en ont reçeus, a fait faire
depuis quelques jours dans son Eglise un Service tres-solemnel, pour cet illustre Prélat,
à trois Messes hautes, chantées par la Musique de la grande Eglise de la Ville. M<hi
rend="sup">r</hi> l’Abbé Jacob prononça en suite l’Oraison Funebre, & fit un fort
beau Discours sur les vertus & les rares qualitez de ce grand Homme. L’Assemblée fut
tres nombreuse ; tout ce qu’il y a d’Ecclesiastiques, & de Personnes considérables de
l’un & de l’autre sexe aux environs s’y estant trouvé.</p>
</div>
</body>
</text>
</TEI>